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Jeudi 5 novembre 2009

Mais je revis en pensée Aballea me souriant. « Fais le pour elle ! Â» Me dis-je. J’attendis, à mon poste, que  le bateau soit échoué pour partir, profitant ainsi de l’agitation pour passer inaperçu. J’avais mon sac à portée de main et étais prêt à m’enfuir  en courant. Les éléments m’étaient favorables  cette fois-ci : la Lune n’éclairait que faiblement la plage. La mer était calme et plate. Elle semblait dormir. Le vent était absent, c’était mauvais signe : le bateau mettrait du temps à arriver. La plage était comme figée, c’était le calme avant la tempête… De longues minutes s'écoulèrent. Toujours rien. Tous s’impatientaient  Et un silence lourd et pesant planait sur la plage. Impossible de m’enfuir sans être repéré. Les barques tanguaient doucement, produisant un faible et doux clapotis. J’entendis alors des voix. Des hommes parlaient. Je regardai, intrigué, en direction de la plage, à la recherche des bavards. Personne. Les paroles cessèrent. Je devais avoir rêvé, la fatigue peut-être ou bien l’angoisse. Mais à peine quelques secondes plus tard, les voix reprirent, plus proches cette fois. Je ne saisissais pas encore les mots. Se pourrait-il que… Je fus glacé d’effroi à cette pensée : la milice ! En effet, en me retournant, je vis la lumière d’une lanterne se reflétant contre du métal : un fusil. Tremblant, je me couchai sous une charrette. Je fixai l’endroit où j’avais vu l’arme. J’entendis distinctement des pas, ils approchaient ! Une tête sortit de l’ombre : Penven ! Il avait dû patrouiller dans les alentours. Il était suivi de deux autres hommes. Quelle frayeur ! J’étais un peu déçu aussi. Cette attaque m’aurait permis de m’enfuir. Je me rassis, me préparant de nouveau à une longue  attente. Soudain, l’un des deux hommes qui accompagnait Penven tomba en hurlant. Il se roula en boule et je pus voir l’éclat d’une lame plantée dans sa jambe. Tous les malfrats se levèrent et sortirent leurs armes. Nous étions attaqués ! Deux autres bandits tombèrent, terrassés par des poignards plantés en pleine gorge. Les naufrageurs tirèrent au hasard dans les fourrés. Puis, ce fut le combat. Les soldats sortirent de derrière les dunes, nous encerclant. Les coups de feu partirent de tous les côtés. Certains couraient vers les rangs ennemis, une épée à la main. Des corps tombaient, inanimés. Je saisis mon sac, me munis de mon coutelas et plongeai sous la charrette, prêt à courir à la moindre opportunité. Comment se pouvait-il que Penven et ses hommes n’aient rien vu ? Ils ne devaient pas être venus par le même chemin ou alors les soldats les avaient suivis discrètement. Je fus tiré de mes pensées par un cri, les soldats chargeaient en rangs serrés, baïonnettes aux poings. C’était le moment ! J’attendis qu’ils soient passés pour m’élancer vers les dunes.
Je trébuchai sur un corps, un jeune soldat était étendu là, la gorge tranchée. Je me débattis horrifié et regardai derrière moi, je vis encore une fois ce tableau de violence. L’homme ne savait que faire cela ! Des balles fusèrent au-dessus de moi venant des rangs des naufrageurs. Je me mis donc à ramper. Il ne fallait plus que je me déconcentre. Je continuais ma progression. Un deuxième rang de soldat resté derrière les dunes se releva. J’étais coincé ! Je roulai en hâte dans un coin d'obscurité et fis le mort. Ils passèrent, sauvé !  Tremblant, je me relevai et courus comme jamais encore je n’avais fait. Je franchis la dune me couchai sur son versant pour reprendre mon souffle. Ça y est, j’étais sauvé !

- Et toi là-bas, au rapport !

Mon Dieu, un soldat, je regardai dans sa direction lorsqu’il braqua sa lanterne sur moi :

- Mais tu n’es pas des nôtres ? Viens ici, tu es aux arrêts, sale naufrageur !

Sans attendre qu’il vienne me chercher je sautai en avant et repris ma course. Une détonation suivie d'un sifflement. Une balle venait de me frôler. Je me retournai, le militaire me poursuivait. Je courus de plus belle espérant le semer. J’entendis le soldat crier :

- J’ai besoin d’aide ! Il y en a un qui s’échappe !

Plusieurs voix lui répondirent. Ma fuite devenait compromise. Il y avait méprise ! Je vis une barque retournée sur le flanc du chemin. Je me cachai dessous m’écorchant les mains sur ses cuivres. J’attendis, haletant. Les soldats arrivèrent. Voyant qu’ils avaient perdu ma trace, ils fouillèrent les environs. Je retins mon souffle. L’un d’eux n’était qu’à trois mètres. Il s’approchait !
Par Lurra - Publié dans : Ecriture - Communauté : âme d'artiste ...
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